lundi, 05 janvier 2009
Pourquoi je ne suis pas punk.
Hier une fille m'a sorti le topo « untel est un punk », évoquant un gars au look BCBG mais au fond plein de fantaisie et de culot. Un type qu'à l'air sage mais qui ne l'est pas. Peut être quelqu'un de plus subvertif que la moyenne.
Prestige du punk. L'autre fois quelqu'un m'a reproché de ne pas être punk, rapport à une provocation à laquelle je refusais de me prêter, par timidité en partie, et parce que l'action en question me paraissait étrangère. J'ai répondu au tac au tac « Je n'ai jamais été punk, j'ai toujours préféré la New-Wave. »
La première fois que l'idée « punk » entre dans mon esprit, je crois que c'est en 1983, j'ai treize ans. Un gars de mon collège est l'égérie d'une bande de créteux plus âgés et il aime bien incruster sur les tables le signe de l'anarchie ou le slogan « punk is not dead ». J'y comprend rien et je crois que lui non plus. Les punks sont des crasseux, et même si à cette époque je commence à fumer, à me cuiter un peu et à sniffer des trucs (colle à rustine et white spirit ), je reste étranger leur pensée et de leur sens esthétique, moins à leur comportement. J'étais qu'un sale gosse.
Quand je me mis à m'intéresser à la musique, je passais à côté de la vague punk et néo-punk. Le frère d'un ami, plus âgé que nous, un ado à problème, prenait son plaisir avec les Beruriers Noirs. Je me souviens que ça ne m'évoquait rien. Aujourd'hui je sais que c'était de la musique de crétin, à l'époque je savais qu'un jour je comprendrai.
A quinze ans j'avais reçu mon lot de claque musicale. Mes parents m'avaient transmis Pink Floyd et Simon and Granfunkel, le Hit-Parade de RTL passait du OMD, Soft-Cell et Kim Wilde. Le son électronique activait des ondes cérébrales jusqu'alors inconnues. Ces sensations nouvelles s'emplifières avec les Hits « Whot! » de Captain Sensible, Le Grand Master Flash, la musique de Midnight Express, le hit de Chagrin d'Amour, Depeche Mode, les Stranglers, etc. J'assistais, en première ligne, à la naissance de nouvelles musiques populaires qui n'était ni de la variété, ni du folklore, ni du jazz-blues-rock. C'était totalement nouveau et pas du tout underground. Ça annonçait le hip-hop et l'electro-techno.
La seconde partie des années 80 est marquée par une dégradation de ce qui nourrissait mes espoirs. La new-wave se ridiculise (l'apothéose fût certainement la chanson « Partenaire Particulier »), une des branches electro emprunte la voie d'une disco mercantile (la « Dance italienne »), le hip-hop sombre aussi avec Sydney et Benny-B. Le son techno de Detroit, de Londre, de Berlin et de Bruxelles est trop loin. C'est à posteriori, vers 90, que je découvre ce son que j'aurais pu aimer, mais qui était trop underground pour en avoir accès.
Dans cette seconde partie des années 80, je ne trouvais plus rien de bon dans la musique populaire. Je n'aimais ni le ska, ni le punk-rock, ni les « musiques du monde », ni ce qui passait au Top-50, ni le rockabilly, ni le rock-FM américain, ni le funk à la Mickael Jackson. En fouillant dans mon esprit pour trouver le son des années 85-90 que je pouvais écouter avec excitation, il y avait Ginsbourg dans sa période « Love on the beat », le « No Comprendo » Rita Mitsouko, les deux premiers Gun'nRoses, « I want your sex » de Georges Mickael, quelques morceaux de Francky Goes to Hollywood, Purple Rain de Prince. C'était insuffisant. Je retournais à mes classique, et sans doute influencé par les gens que je pouvais alors fréquenter, j'entrais dans une période revival, qui, avec le recul, était un peu une pose esthétique de jeunesse. Se farcir les Doors, Hendrix, Janis Joplin, ou pire, retourner aux origines avec BB King et Sonny Rollins. Ecouter même du Stevy Ray Vaughan, du Eric Clapton et du Johnny Winter, sous prétexte qu'ils avaient une réputation de guitare héros. Et un peu de Hard. Revival qui durera jusqu'à mes premières raves.
Et pendant ce temps là, l'école Punk continuait son petit bonhomme de chemin sans moi. Les negresses verte, la mano negra, metal urbain, etc. C'était pour moi du rock bas de gamme. Une musique d'excités incultes et antipathiques. Un encouragement aux bas sentiments et à l'auto-destruction. Un message politique facile, moralisateur et hors contexte. Un univers esthétique pauvre, qui au delà du son, se vérifiait dans le look, dans le parler, jusque sur les Flyers punks. Indigne d'intérêt.
C'est l'année du bac que j'ai fait l'effort de réfléchir sur les deux groupes classiques du punk, les Clash et les Sex Pistol. Un ami avait leurs albums phares (London Calling et Never mind the bollocks) alors je les ai passé et je les ai écouté attentivement. C'était à mon sens du rock basic, moins élaboré que le hard, moins vif que le rockabilly, plus antipathique que le son des années 70 habituel, moins dansant, moins pro, avec un humour mauvais et pas sexy du tout. En gros, c'était du petit rock, je restais sur cette idée là. J'ai encore du mal à comprendre comment ces petits disques peuvent placé en tête de la hiérarchie des albums de « la discothèques idéales », au côté des albums-concept des Beatle, les Beach Boys ou des Pink-Floyds.
Quand je me suis intéressée au marketing, c'est là où m'est venu l'idée suivante : Le punk, c'est une opération visant à faire du neuf avec du vieux. Mettre une nouvelle étiquette sur le produit, vendre du rock de base en disant que c'est nouveau. Des millions de blaireaux se sont fait avoir.
La pensée punk apparaît comme pauvre. Le nihilisme adolescent pour une part, le gauchisme adolescent de l'autre, le tout lié par une sorte de haine de l'occident tout aussi puérile. A la même époque, le mouvement new-wave s'intéressait au Bahaus, à K.Dick, à Orwell, au technologies de l'information, aux fractals, au réseau neuronaux, au romantisme, au dandysme, etc. Les premiers rapeurs se référaient aux droits civiques, aux systèmes tribaux, au mélange rock/world, aux origines du blues, aux émeutes ethniques, etc. Les punks en étaient alors rendu à une lutte de retard (la lutte anti-fasciste), à la glorification d'une certaine jeunesse dépressive, à l'anti-Tatchere, à la lutte des classes. Un mouvement qui a oublié de penser aux thèmes d'avant garde de l'époque que pouvaient être la conception d'une Europe politique, l'effondrement du monde communiste, la mondialisation telle qu'on la connaît aujourd'hui, les technologies de l'information, les modifications de style de vie liées à tout ça. Les grandes aventures de cette génération pourtant.
Peut être que l' impression de mesquinerie que j'ai souvent ressenti dans « le milieu plus ou moins punk » vient de là. Irrespectueux avec leurs ainés et les « système établi », le punk n'a pas non plus su proposer un avenir. Le mouvement punk n'a pas été le « passeur » qui transmet certains élément du passé, ni celui qui indique une voie pour le future. Ils n'ont fait que se lamenter du moment présent.
L' héritage punk se vérifie par son « bilan », qui constitue un ensemble d' indices de mon point de vu accablants.
Niveau idées politique, tout ce qui reste aujourd'hui du punk est la fameuse « lutte antifasciste » qui a débouché sur l' altermondialisme. Un néo-gauchisme plus concerné par la question sexuelle, le métissage, le pacifisme et le droit des jeunes, que par la condition ouvrière. On aime ou on aime pas. J'aime pas.
Du point de vu esthétique, la mouvance punk peut s'inscrire dans la world musique. On se souvient en particulier des reprises reggae par ces groupes blancs. S'il existe aujourd'hui des Manu Chao et si on a eu à se farcir du Negresse Verte et du Mano Negra, c'est grâce à l'école Punk. On aime ou on aime pas. J'aime pas.
Du point de vu des comportement, la mouvance punk a accompagné la dégradation des styles de vie caractérisé par l'absence de courtoisie, de respect pour les ainé, les « incivilité », les dégradations urbaines, l'arrogance, le cynisme, la vulgarité, toutes ces choses qu'on peut symboliser par un doigt majeur dressé en fuck-you. On aime ou on aime pas. J'aime pas.
Ce fuck-you qui, dépassant le stade urbain et celui de la jeunesse, a contaminé d'autres compartiments de la société, comme celui de l'entreprise. L'influence punk se ressent chez le trader fou, chez le DRH qui dégraisse, chez le commercial agressif, chez le harceleur moral, dans les campagnes de publicité les plus provocantes. Voilà qui est punk.
Il y quelque chose de punk dans le monde d'aujourd'hui et le punk n'a pas été une mise en garde, mais au contraire, ça a été une école préparatoire. Le punk a donné une légitimité à la violence sociale. Ca pouvait alors être cool d'être d'un cynisme absolu. Faire « un coup de pute » pouvait être valorisant. « Faire chier son monde » était une marque de personnalité. Détériorer pouvait être une démarche créative. « Tout les moyens sont bons » une marque de liberté.
Ce sont ces éléments de pensées qui ont été la véritable innovation du punk.
Cet apport du punk qui s'est propagé aux autres mouvements culturel, contaminant certaines branches du hip-hop ou de la techno en particulier via la tendance hard-core, et diffusant cet espèce de cynisme dans le milieu hype (style : « je sniff de la coke, je bois du champagne, je crache sur la société et je suis blindé de thune »).
Au final, le punk ne libère pas mais soumet. Si le système est devenu punk, par contre, l'individu, sauf exception, subit. A qui profite la punk attitude ? Qui jouit de la légitimité du fuck-you ? N'est il pas agréable d'être aristocrate et punk ? N'est il pas utile d'être chef d'entreprise et punk ? Et financier-punk ? Et chef d'état-punk ? Je vous fait un dessin ? Allons...
Tentez seulement de visualiser ce qu'est un pauvre-punk ou même un homme de la classe moyenne punk. Un Fake ? Un taulard ? Un exclus ? Un persécuté par le fisc ? Un camé ? Un délinquant ? Un clandestin ? What else ? Nécessairement un type malheureux.
Voilà pourquoi je ne suis pas punk.
17:16 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

