jeudi, 24 juillet 2008
reste sobre, ai confiance en Dieu et baise.
« Les AA, c'était dingue. Et la fin des années 70 complè-èèèè-tement marteau. Il s'agissait de rédemption et de sexe et de Dieu et de grandes retombées sur le cul. C'était mon éducation sentimentale et la route qui me ramenait au monde.(...)
Mon premier contact a été douloureux. Les réunions des AA me gonflaient. Les gens parlaient dans un charabia ambigu. Je restais uniquement pour tenir des mains de femmes pendant le Notre Père.
Les femmes m'attiraient comme des aimants et me faisaient toujours revenir. J'y retournais « un jour à la fois » pour tenir quelque mains. La luxure et ma volonté apostolique m'ont permis de rester sobre. (...)
« Les AA du Westside s'éclataient tout azimuts. En terme démographique, la population était jeune, blanche et en manque perpétuel de sexe. Gnôle et came était out. Le sexe était in. Le commandement du Westside c'était : reste sobre, ai confiance en Dieu et baise.
Les gens s'adonnaient à « la fièvre des bains chauds » après les réunions. Homme et femmes se rencontraient lors des réunions et se mariaient à Las Vegas deux heures plus tard. Les femmes draguaient les hommes sans retenues aucune. Annie « Wild Thing » B.- « la sauvageonne »-montrait ses seins au Deli de Kenny tous les jeudis soirs après la réunion d' Ohio Street.
J'ai baisé. J'ai tiré des coups d'une nuit, de deux nuits, de trois nuits, j'ai fait des tentatives forcenées de monogamie pure et dure. J'ai laissé des camés à l'héroïne en désintox s'installer chez moi pendant que j'allais guincher avec des rencarts à une heure avancée de la nuit à la Fièvre des bains chauds. Je me faisais trois cents dollars la semaine sur les terrains de golf et en dépensais la majeur partie en femmes. Je levais des prostituées camées, je les emmenais aux réunions AA et leur allongeais l'histoire du Dalhia Noir pour leur faire abandonner le racolage par la trouille. C'était une vie de libertinage frénétique souvent joyeuse.
Je vivais la plupart de mes rêves sexuels nourris de came dans une parfaite sobriété.
Le monde de la vrai vie éclipsait mon monde des fantasmes.»
James Ellroy, Ma part d'ombre
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