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jeudi, 08 mai 2008

Ma cousine est morte

Ce matin message sur ma porte, URGENT marqué dessus. « Salut Fifi, je suis passé parce-qu'on arrive pas à te joindre. T'es où bordel ? Florence est morte, l'enterrement c'est mardi. Rappelle moi ou passe quand tu veux. Bisous. Kpu »

 

Florence appartient à la branche maternelle de ma famille. Ses « problèmes d'alcool » sont clairement apparus à mes yeux il y a sept ans je crois. Nous avons tous assisté à son lent suicide et à son rapide vieillissement. C'est elle qui m'a enseigné à faire gaffe avec ça, à garder en tête que tout ces produits qui défoncent doivent être utilisés sous contrôle interne, que les micros-signes qui signalent l' addiction méritent une observation attentive. Je parle des substances psychoactives en général.

On se voyait l'été, il a fallu qu'on me dise que sa façon de boire ses kirs n'étaient pas dans nos traditions (déjà extrêmes ) pour que je constate effectivement un problème. Et puis cette ivresse triste. Et puis, « tu te souviens, cette manie qu'elle avait de prendre du Néocodion, quand ont était ado et qu'elle était jeune femme » me rappelle ma soeur. L'année suivante, je la revois avec deux dents en moins. Elle avait quitté une cure pour zoner en ville, était réapparue le matin blessée. L'année de ses quarante ans elle en faisait cinquante. Nous n'avons pas fait grand chose. Nous avons même rien fait. Un jour, nous reprochions à son mari de ne pas s'occuper d'elle assez, nous avions tort. Il faisait plus qu'aucun de nous aurions fait. Un brave type. Trop. Un homme violent, cruel même, aurait pu faire quelque chose je crois. Pas lui. Un jour, nous lui reprochions à elle de faire subir le calvaire de sa déchéance à ses deux petites filles. Un jour, nous supposions que sa souffrance dépassait l'amour immense qu'elle éprouvait pour elles. Un jour, nous reprochions à sa mère de ne pas faire ce qu'elle avait à faire (son père, frère de ma mère, est mort en 1985). Puis nous sommes passé au stade où il n'y avait plus aucun espoir, nous lui donnions cinq ans à vivre. L'été dernier, nous ne pouvions lui parler autrement que comme à une grabataire, en débit lent et articulé, sur des sujets simples, de manière compassionnelle.   Nous savions que les dégâts étaient irréversibles.

La dernière fois que nous avions parlé d'elle, il y a deux mois, nous parlions de nous cotiser à quinze pour qu'elle ai un logement décent au centre de Rennes. Nous pensions que ça serait plus pratique pour qu'elle se soigne et ai des activités, qu'elle pourrait accueillir ses filles de temps en temps. L'idée était qu'elle passe ses dernières années en paix. Puis ça ne s'était pas fait.

Nous garderons d'elle cette image de femme de quarante cinq ans rongée par l'alcool, touchée par un désespoir que nous ne comprendrons jamais, mais j'ai pas envie. Elle était l'archétype de la personne « qui a tout pour elle ». Jeune, c'était la plus sophistiquée des cousines, la plus sportives aussi. Je crois même que c'était la plus belle. Elle nous avait impressionné quand nous étions ado pour deux trucs à la con : elle avait posé pour un calendrier régional en train de danser du modern sur une plage. Puis elle était sorti assez longtemps avec le champion de France de planche à voile. Vraiment une superbe fille. Les adultes étaient plus impressionnés par ses études : Bac à dix-sept ans, ingénieur à vingt-deux ans, salaire génial. Elle était même la moins destroy de toutes les cousines de cette branche. Moins de « petits amis » que les autres, moins de sorties en discothèque l'été, moins funs, mariée jeune à un garçon sérieux et sympathique.

Je veux croire qu'il n'y a pas de raisons autre que physique à son martyre. Elle était malade dans son corps, sa disparition a des causes sanitaires, comme d'autres partent en attrapant des virus. Elle a eu une longue maladie qui s'est révélée incurable, qui a déréglé son instinct de vie, voila, nous n'y sommes pour rien, personne n'y est pour quelque chose, pas même elle, c'est ce que je veux croire.

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Commentaires

Condoléances, très touchant cet hommage ...

Ecrit par : Hayat | mardi, 13 mai 2008

oui Hommage à cette cousine, cela me touche beaucoup car il y a tant de gens comme ça,
on ne comprend pas toujours

Ecrit par : if6 | lundi, 19 mai 2008

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