jeudi, 10 avril 2008
J'ai une théorie sur les FAKE
J'ai eu l'idée d'un livre à écrire, en fait, j'ai juste son titre : FAKE. Ça serait un roman sur le monde des fake (les gens bidons, si vous préférez). J'ai déjà en tête plusieurs personnages qui existent dans le réel, je les connais : Un agent de surface qui va au travail habillé en cadre supérieur (son bleu de travail bien rangé dans un attaché case), un parasite bourgeois qui la joue révolutionnaire socialiste, une fille habillée en pute qui ne baise pas, un punk qui chausse des Charentaises le soir venu, etc.
Nous vivons vraiment dans une société de fake, comme si les gens voulaient dissimuler ce qu'ils sont vraiment, et ne montrer que ce qu'ils voudraient être. Il y a une stratégie dans la fake attitude ; entrer dans des mondes autres que le sien, bénéficier des avantages sans fournir l'effort induit par l'appartenance à cet autre monde. Il y a aussi une forme de mesquinerie à être un fake, on n'a pas à partager notre propre monde avec autrui, ou respecter les obligations tacites liées à notre propre appartenance, juste prendre sans donner. C'est un monde d'usurpateur et de parasites.
Je me demande à quel point je suis un fake. Je suis bien obligé d'admettre que souvent je joue un rôle, parfois, le rôle de Chictype, d'autre fois le rôle de Mr Prostitution. Cependant, la démarche n'est pas de tromper, seulement offrir un aspect de moi, dans des configurations précises, avec des personnages que j'ai crée de toute pièce (qui souvent m'isolent du monde des autres), de même que je règle mon attitude en fonction de ce qu'on attend de moi dans le milieu du travail ou avec la justice. Je ne suis pas un fake qui marche sur les plate bande d'une être authentique, être fake peut être une oeuvre créative et pas seulement une escroquerie.
Il m'arrive aussi de me faire passer pour un journaliste, un cadre supérieur ou un membre de la Jet Set pour entrer dans des soirées promotionnelle. J'ai alors le sentiment de feinter le monde corporate, je suis usurpateur et parasite, mais je sais à qui je fais subir cela : à une structure déshumanisée. Cependant, je peux comprendre que ceux qui ont eu du mal pour se faire inviter dans ce genre de soirée, en passant par la voie habituelle du travail et des relations humaines, puissent trouver injuste que par la fake attitude, je bénéficie des mêmes avantages qu'eux, sans l'effort fourni en aval.
Et puis, être un fake peut faire partie de l'identité des gens, je peux aimer le rôle que quelqu'un joue, tout en sachant que c'est un rôle, sans qu'il y ai tromperie sur la marchandise. La fake attitude n'est pas qu'une vilaine déviance. C'est aussi un processus de transformation de soi, basé sur la théorie psychologique du comme si., on peut alors être un fake provisoirement, le temps de devenir authentiquement le personnage que l'on incarne.
S'il doit y avoir un livre à écrire sur les fake, ça ne pourra pas être un livre complètement contre, après tout, comme la mythomanie, être un fake n'a en général de conséquences fâcheuses que pour le fake. Mais il serait intéressant de voir qui est gagnant et qui est perdant. Il serait aussi intéressant d'observer comment se fait la compétition entre les gens fake et les gens authentique dans un même domaine. Par exemple, le bourgeois conservateur qui se donne des airs rebelles a semble t'il plus d'influence que le rebelle véritable, il le parasite et prend sa place, du moins dans les médias. Le rebelle fake, qui ne connaît pas les inconvénients d'être un vrai rebelle ne pratique t'il pas de la concurrence déloyale ? Par exemple, dénoncer le monde bourgeois tout en appartenant à ce monde, n'est ce pas refuser l'entrée de ce monde aux autres tout en se faisant accepter dans le monde des autres ? Monde des non-bourgeois où , à compétence égale, le bourgeois aura un avantage, notamment pour financer ses projets, obtenir l'appuie de la bourgeoisie, trouver le confort que la bourgeoisie lui offre, ou séduire les femmes des non-bourgeois. Ceci sans avoir à respecter les usage de la bourgeoisie, comme prêter de l'argent ou payer l'addition, et en dissimulant en permanence ce qu'il peut avoir à offrir, comme des week-end sur la côte ou un carnet d'adresse, qu'il ne partage qu'avec les gens de sa caste (sans quoi, son identité fake serait mise à jour). Certains fake sont donc extrêmement nuisible et n'apportent rien, juste là pour prendre sans rien donner.
A l'inverse, l'individu socialement défavorisé qui joue au fake bourgeois a t'il vraiment la possibilité de s'imposer dans le monde qu'il convoite ? Peut il faire croire qu'il est riche aussi facilement que le riche peut faire croire qu'il est pauvre ? Il conviendra de vérifier si la fake attitude n'est pas, avant tout, une invention des puissants pour accaparer sans donner. Le phénomène de récupération par la bourgeoisie de l'esthétique populaire, métamorphosé par les valeurs bourgeoises (le mouvement Punk et Techno par exemple, musique de creuvard à l'origine, qui appartient aujourd'hui à la jeunesse dorée qui la pratique ou la vend) est un signe flagrant, la forte présence aussi des bourgeois dans l'univers bohème de l'art contemporain, de la littérature ou de la comédie en est un autre ; ici, le bourgeois jouit de la liberté de la bohème, sans les inconvénients de la pauvreté (et ses avatars psychologiques annihilateurs)
Le phénomène du fake serait un phénomène contemporain lié à la notion de libre arbitre. Nous vivons dans une société où les individus sont censés choisir leur vie, métier, orientation sexuelle, religion, idées philosophique, etc., avoir ainsi la possibilité de créer son personnage. Cependant, le libre arbitre a un relation étroite avec le statut social, exercer son libre arbitre est surtout valable pour les gens qui ont les moyen financier et le bagage culturel pour faire des choix de vie. Ainsi, la déification de la notion de libre arbitre permet au bourgeois d'échapper à ses carcans traditionnels ( responsabilité morale vis à vis des défavorisés, valeurs catholiques, devoir familial et dynastique, etc.) notamment en utilisant la stratégie fake (phénomènes bobo, bourgeois décadent, gauche caviard, etc.) mais ne permet pas au prolo, lui, d' échapper aux siens (métro, boulot,dodo, etc.), même avec la stratégie Fake (sac Prada, fausse Rolex, voyages low cost, etc.). Pire, le mélange de fake de toutes classes permet au fake d'origine bourgeoise d' être mis sur un piédestal et de piquer les femmes des prolos.
Je parlais plus haut de « concurrence déloyale », il est possible que l'absence de loyauté, détectée dans la fake attitude, soit en réalité une des caractéristique essentielle de la démocratie, la fake attitude n'étant qu'un révélateur, le spectacle de la vie politique en démocratie Française pouvant servir de preuve. Enfin, c'est à développer.
21:26 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note


Commentaires
Quelle honte.
Ecrit par : Jilian Essandre | samedi, 12 avril 2008
Répondre à ce commentaireTu devrais l'écrire ce bouqin tu as déjà matière à developer.
Ecrit par : vince | lundi, 14 avril 2008
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